Les oreilles pointues peuvent devenir encombrantes. Surtout près des antennes-relais, où elles se transforment en radar. Mais pas seulement. Pour un acteur, par exemple, cette coquetterie physique prend facilement des allures de boulet. Le catogan aussi, pourtant si inoffensif et si joli quand il est bien porté, est susceptible de ressembler à une casserole en cas d'usage prolongé. C'est, à peine revu et corrigé, ce que disait Orlando Bloom sur le tournage de Zulu, de Jérôme Salle, il y a tout juste un an. Le Legolas de la trilogie Seigneur des anneaux et le Will Turner de la saga Pirates des Caraïbes commençaient à lui peser un chouia - on le retrouvera quand même dans Le Hobbit 2 - et il espérait beaucoup de ce polar tourné en Afrique du Sud, dans lequel il interprète un flic alcoolo et fêtard, coucheur d'un soir mais ami d'une vie.

Le film fit la clôture du Festival de Cannes 2013, et Orlando Bloom, qu'on revit à cette occasion, était heureux de monter les marches sans oreilles ni catogan. D'autant que sa performance fut saluée ici et ailleurs. Le rôle de Brian Epkeen lui va bien et l'extirpe des draps cotonneux sous lesquels se repaît le jeune premier content de son sort. Orlando Bloom, lui, n'était visiblement pas content: "De tous les acteurs que j'ai vus, c'est celui qui avait le plus envie de faire le film", note Jérôme Salle.

Son histoire est celle d'un acteur à belle gueule embauché comme un mouchoir jetable et pris dans le tourbillon de succès mondiaux peu communs qui lui bâtirent une prison dorée. Daniel "Harry Potter" Radcliffe et Robert "Twilight" Pattinson eurent droit au même traitement. Mais, grosse différence, ce ne sont pas de bons comédiens. Surtout le magicien. Orlando, lui - après tout, on a dîné ensemble, donc, va pour Orlando -, semble avoir de meilleures dispositions. Mais personne n'aurait gratté un ticket sur son nom au moment de Calcium Kid, de L'Enfer au paradis ou de Main Street, films peu vus d'une carrière qui a du mal à se faire remarquer. On prend les paris que cet excellent Zulu va lui redorer le blason. C'est mérité. A 36 ans, Orlando Bloom monte au créneau, refusant la mollesse des tapis rouges pour se retrouver dans la poussière, flingue au poing, dirigé par un réalisateur français inconnu.

"C'est le début d'une nouvelle route", lançait alors l'acteur, sûr de lui. L'absence d'agent affairé ou d'attaché de presse personnel sur le tournage disait bien l'état d'esprit du moment. "Je sais que, pour moi, ce film est un challenge. Mais j'ai confiance. Quoi qu'il se passe après, cette expérience est déjà plus importante que le résultat". A côté de son partenaire Forest Whitaker, acteur magnifique mais grande carcasse souvent refermée sur elle-même, Orlando Bloom s'agitait comme un poisson dans l'eau, s'inquiétant d'une prise à retourner pour l'améliorer, se fondant dans la foule des curieux prêts à adopter un chiot qui passait par là.

Six mois plus tard, à Cannes, Orlando remettait le couvert avec l'équipe de Zulu lors d'un dîner où il affirma sa passion des montres, en même temps qu'il insista pour être présent à la répétition technique du film d'avant projection officielle, là où habituellement les acteurs, peu concernés, ne vont pas. Il arrivait de New York et il y retournait très vite répéter Roméo et Juliette, qu'il joue depuis la rentrée. La critique new-yorkaise est partagée, mais jamais assassine. Difficile, en fait, de l'accuser de rester en pantoufles, lui qui s'affiche dans une pièce classique peu anodine, prêt à supporter les comparaisons avec tous ceux qui ont joué le rôle. Il y est Roméo. Tout à sa volonté de changer d'air et de se refaire une santé d'acteur, pas sûr qu'il aurait refusé d'être Juliette.

Source : L'Express