Cannes le 10 mai 2001, 17h00 : la salle du cinéma Olympia est aux trois quarts remplie de journalistes de la presse internationale.
C'est la première d'une série de plusieurs projections organisées dans le cadre d'une grande opération de relations de presse, en
attendant une grande fête dimanche soir. Bob Shaye le patron de New line, prend la parole en annonçant que les images que nous
allons voir sortent du studio et n'ont jamais été montrées auparavant. Dans la foulée, Peter Jackson nous donne quelques indications
sur ces vingt minutes de film: quatre minutes passent en revue les principaux personnages ; une séquence complète, finie et montée
de quatorze minutes provient de l'épisode 1; enfin, un épilogue de quelques minutes donne une idée de ce que nous réservent les
épisodes 2 et 3.
Le choix des extraits est très malin. Dès le début, on sait que ça va être énorme. A côté, Star Wars ressemble à une série télé.
Pour commencer, on rencontre Gandalf (Ian McKellen), dans un décor qui évoque Le Magicien d'Oz et la campagne de Babe. Gandalf
rencontre Bilbo (Ian Holm) dont la maison est toute en courbes et tunnels. Elle est faite pour la taille de son occupant, qui
passe pour un nain à côté de Gandalf grâce à l'utilisation conjuguée du montage, des perspectives forcées et des surimpressions.
On retrouve l'esprit ludique de Peter Jackson qui s'est toujours amusé à créer des illusions, aussi bien avec les trucs de Méliès
que la technologie numérique.
Les personnages se succèdent révélant un casting précis et pertinent (Viggo Mortensen, Cate Blanchett, Sean Bean). Christopher
Lee est terrifiant dans le rôle de Saroumane. Elijah Wood est OK dans le rôle de Frodon.
La vraie excitation commence avec une séquence montrant une troupe dirigée par Gandalf qui décide d'abandonner sa difficile
progression dans les montagnes pour plonger dans les souterrains. Dans cette séquence, on peut entendre l'ample et grave musique
orchestrale composée par Howard Shore, marquée par les cuivres et les cordes (le reste de la musique est temporaire, et empruntée
notamment au Dernier des mohicans). A la suite d'une négligence, les hommes de Gandalf attirent l'attention sur eux et sont bientôt
assaillis par les habitants de sous-sols de plus en plus hostiles et agressifs.
Au cours d'un combat monstrueux contre un géant vert, Frodon manque de perdre la vie. Plus la troupe plonge dans les profondeurs,
plus la tension monte. La séquence atteint un paroxysme lorsque le groupe rencontre un démon gardien des abysses, après avoir
descendu un escalier monumental qui s'effondre à mesure de leur progression. Cette séquence véritablement vertigineuse procure
des sensations qu'on n'imaginait plus possibles au cinéma.
Les dernières minutes, extraites des épisodes 2 et 3, mettent l'accent sur la dimension du projet en montrant de grandes
batailles dans de décors énormes.
C'est l'idée essentielle qui se dégage de cette projection: la dimension. On avait beau connaître l'ambition du projet, on est
frappé par l'ampleur du résultat. Peter Jackpot a donné vie à l'univers de la trilogie avec une vigueur stupéfiante.
L'autre bonne nouvelle, c'est le style de Peter Jackson, dont on retrouve la patte à chaque coin de plan. Aussi sûrement qu'on
reconnaît un squelette de Tim Burton, chaque monstre, chaque chevalier, chaque détail est le fruit d'une évolution dont on
retrouve les traces dans chacun des films précédents de son auteur. Pas étonnant: lui non plus n'a pas changé. Physiquement,
il a la même dégaine de gamin farceur qu'il avait lorsqu'il est venu présenter Bad Taste il y a une quinzaine d'années.
C'est comme si c'était hier, mais ça n'a l'air de rien à côté des quelques semaines qu'il va falloir attendre avant de voir
le premier volet de la trilogie.
Rendez-vous en décembre 2001.